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Entretien

Entretien avec Mireille Gagné pour «Les oies ne peuvent pas nous dire»

Pourquoi la chasse ?

La chasse représente, pour moi, paradoxalement, le symbole de l'éternité. Malgré la tuerie et la barbarie de la chasse, les oies reviennent toujours couvrir les champs, les berges, calmes et pures. Tout comme l'humain, qui continue à se perpétuer.

Croyez-vous qu'en poésie le travail sur la forme est en même temps le travail sur le fond ?

Je crois que la forme est intimement liée au contenu puisque c'est le rythme qu'on insuffle à la poésie qui lui donne son souffle.

Quelle est votre plus grande angoisse quand vous écrivez ?

D'être négative. J'ai ce besoin d'aller vers la lumière malgré les blessures.

Quel serait votre principal argument pour convaincre une personne de lire de la poésie aujourd'hui ?

La poésie est un raccourci vers l'âme.

Avez-vous une adresse courriel où vos lecteurs peuvent vous écrire ?

Oui : mireille.gagne@usherbrooke.ca

Comment voyez-vous la poésie aujourd'hui ?

La poésie vient arrêter le temps, sur une beauté, une réalité, une impression. Elle fige une émotion sur l'espace temps, un peu comme le font la danse, la peinture ou la photographie. Elle met en mot la mémoire collective.
Selon moi, la poésie est un outil qui permet à la création de naître. Un peu comme le tricot ou la couture, le matériau permet de créer quelque chose à partir de presque rien. L'important, pour moi, c'est de créer.

Comment définissez-vous votre travail par rapport aux mouvements actuels ? Vous inscrivez-vous dans un mouvement en particulier ?

Il est difficile de s'identifier soi-même à un mouvement littéraire. Je crois toutefois que je partage cette quête du territoire que plusieurs poètes ont entreprise au Québec. L'Homme appartient à un territoire sur lequel il doit revenir et s'ancrer pour être heureux. La nature est également très importante pour moi, car c'est à travers elle que l'Homme trouve son identité. La relation corps-nature est donc primordiale.

Pensez-vous que la littérature et la poésie en particulier ont un rôle à jouer ?

La poésie doit avoir un rôle à jouer dans la société. Si elle n'est pas entendue et écoutée, si le poète n'a aucune interaction avec les autres, c'est tout l'imaginaire collectif d'une société qui demeure muet.

Quelles sont vos lectures préférées, celles qui vous donnent à écrire ?

Certainement Je t'écrirai encore demain, de Geneviève Amyot. C'est après la lecture de cette œuvre que j'ai réellement compris comment écrire de la poésie. Elle venait d'insuffler dans mes veines et dans mon écriture les eaux du fleuve, le vent du Québec. Geneviève Amyot utilise les vers comme des îles, appartenant et aux vers précédents et à ceux qui suivent. C'est ce qui m'a inspiré l'écriture du recueil Les oies ne peuvent pas nous dire.

Y a-t-il, pour vous, des conditions plus favorables à l'écriture ?

Une instabilité émotive, chez moi ou chez ceux qui m'entourent.

Diriez-vous que ce dernier livre explore des continents personnels nouveaux ou les avez-vous déjà visités ? Expliquez.

Je cohabite -–dans ma tête – avec différents thèmes et personnages. J'écris à leur sujet jusqu'à ce que je sente que je les ai complètement épuisés. Puis en arrive un autre. Par exemple, longtemps, j'ai cohabité avec le thème des petites fins du monde, et il en a découlé un recueil de nouvelles noires pour adolescents. Ensuite, pendant plus de cinq ans, j'ai vécu avec le thème de la migration des oies et des âmes. J'ai même appris à chasser afin de le saisir davantage. Actuellement, je côtoie des orphelins, mais je ne sais pas encore quelle forme cela prendra : poésie, nouvelles, roman…

Dans la poésie en prose que vous pratiquez, pensez-vous qu'il y a une narration ?

Il y a certes une très grande narration dans mon recueil Les oies ne peuvent pas nous dire. Cette suite poétique était mon premier essai en poésie. Comme je n'avais auparavant écrit que des nouvelles, j'avais ce réel besoin de m'accrocher à quelque chose de concret, soit la narration. Puis, peu à peu, en retravaillant le texte, cette narration s'est quelque peu estompée, mais il demeure tout de même une ligne directrice très forte.

Pourquoi la migration des oies et de l'âme ?

L'humain, tout comme l'oie, est soumis à la migration de l'âme. Il tend toujours à revenir à l'origine.

Qu'est-ce qui a inspiré l'écriture de ce recueil ?

Les oies. Elles me fascinent. J'aime leur liberté, leur courage, leur sociabilité, leur force. J'aime qu'elles parcourent des milliers de kilomètres en migration au printemps et à l'automne et qu'elles repoussent ainsi leurs limites toujours plus loin. Je suis allée très loin en moi pour les connaître. J'ai même obtenu mon permis de chasse et j'ai tué mes premières oies au printemps passé, avec mon père.

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